Caractéristiques générales et morphologie
Le nom du genre provient du grec campylos, qui se traduit par « courbe » ou « infléchi ». Environ 18 espèces de Campylobacter sont décrites à ce jour, parmi lesquelles C. jejuni (principal agent pathogène), C. fetus et C. coli revêtent la plus grande importance clinique.
Morphologiquement, ce sont des micro-organismes de petite taille, à Gram négatif (Gram-) : leur longueur varie de 0,5 à 5 µm et leur épaisseur de 0,2 à 0,5 µm. Les cellules présentent une forme spiralée caractéristique, rappelant une virgule ou la lettre latine S. Dans les frottis, elles sont souvent disposées par paires, ce qui donne à leurs amas l'aspect d'« ailes de mouette en vol ».
Les Campylobacter sont mobiles grâce à la présence d'un flagelle polaire unique (monotriches). Ils ne forment ni spores ni capsules. Leur trait distinctif est un polymorphisme marqué : à mesure que la culture bactérienne vieillit, les formes spiralées se transforment en formes coccoïdes.
Propriétés culturales et biochimiques
Ces micro-organismes sont microaérophiles et capnophiles. Leur croissance optimale nécessite un environnement gazeux spécifique, caractérisé par une concentration réduite en oxygène et une teneur accrue en dioxyde de carbone. Le pH optimal est de 7,0, mais leurs exigences thermiques varient selon l'espèce (le plus souvent 37 °C ou 42 °C, plus rarement 25 °C).
Les Campylobacter sont exigeants envers les milieux de culture. On les cultive sur des substrats complexes enrichis en sang, en hémine, en acides aminés et en hydrolysats protéiques. Des antibiotiques sont systématiquement ajoutés à leur composition pour inhiber la croissance de la flore contaminante (assurer la sélectivité du milieu).
- Métabolisme : de type strictement respiratoire. Les bactéries sont incapables de fermenter les sucres.
- Sources d'énergie : acides organiques, y compris les acides aminés.
- Activité enzymatique : faible. Les micro-organismes sont oxydase- et catalase-positifs, réduisent les nitrates et produisent du sulfure d'hydrogène ($H_2S$).
Facteurs de pathogénicité et structure antigénique
Les bactéries possèdent des antigènes somatiques (O) et flagellaires (H). Environ 60 sérovars sont distingués sur la base de leurs combinaisons. Les cellules contiennent des plasmides qui déterminent la résistance des micro-organismes aux agents antibactériens.
Le potentiel pathogène est lié aux facteurs suivants :
- Endotoxine : composant structurel de la paroi cellulaire (lipopolysaccharide) libéré lors de la lyse bactérienne.
- Exotoxines (produites par certaines souches) : une entérotoxine cholériforme provoquant une diarrhée abondante, et une cytotoxine qui endommage directement les cellules de l'hôte.
Dans l'environnement extérieur, les Campylobacter présentent une faible résistance. Ils sont rapidement inactivés par la chaleur, l'action des désinfectants usuels, ainsi que par d'autres facteurs physiques et chimiques.
Épidémiologie et manifestations cliniques
La campylobactériose est une zoonose à répartition mondiale. La sensibilité naturelle des humains à l'infection est extrêmement élevée. L'incidence est enregistrée toute l'année, avec toutefois une recrudescence épidémique estivo-automnale typique.
- Réservoir et source : principalement les animaux d'élevage et la volaille. L'être humain infecté est rarement une source de contamination.
- Voies de transmission : alimentaire (par voie orale), hydrique, interhumaine par contact direct et sexuelle.
Les pathologies associées à Campylobacter se divisent en quatre groupes :
- Atteintes du tractus gastro-intestinal (entérocolite, diarrhée) avec une possible généralisation pouvant mener au sepsis.
- Formes extra-intestinales localisées (endocardites, atteintes du SNC telles qu'encéphalites et méningites).
- Infections purulentes et inflammatoires chez les nouveau-nés.
- Pathologies de la cavité buccale.
La gastro-entérite classique se développe après une période d'incubation de 2 à 3 jours. La maladie débute brutalement par des symptômes d'intoxication, de la fièvre, des vomissements et de la diarrhée. Le tableau clinique s'atténue généralement en l'espace de 10 jours.
Diagnostic, traitement et prévention
La méthode diagnostique de référence est bactériologique. Les prélèvements consistent en des selles, des vomissures ou des liquides de lavage gastrique. L'ensemencement est réalisé sur gélose au sang ou érythritique additionnée de composants fer-sulfite-pyruvate. La différenciation des espèces repose sur la capacité des souches à croître à différentes températures.
La bactérioscopie des frottis fécaux permet de visualiser des micro-organismes à la morphologie caractéristique (« mouette/hirondelle en vol »). On recourt également à des méthodes sérologiques (fixation du complément, HAI, agglutination) et au diagnostic rapide par immunofluorescence directe (IFD) à l'aide de sérums fluorescents.
Le traitement étiologique fait appel à des antibiotiques, les molécules de choix étant l'érythromycine et la ciprofloxacine. Aucune prophylaxie spécifique (vaccination) n'est disponible. La lutte contre l'infection repose sur des mesures sanitaires et anti-épidémiques similaires à celles appliquées contre les salmonelloses.
Pour mémoriser aisément la forme caractéristique du micro-organisme dans un frottis, imaginez la mer et un oiseau planant au-dessus : les bactéries disposées par paires sont incurvées de manière à former des « ailes de mouette en vol ».
Questions des cours et des examens
Les Campylobacter fermentent-ils les glucides ?
Non, ces bactéries ne fermentent pas les sucres. Leur métabolisme est de type respiratoire, et elles utilisent des acides organiques et des acides aminés comme source nutritive.
Quelles toxines participent à la pathogénèse de la campylobactériose ?
Le rôle principal est joué par l'endotoxine (LPS de la paroi cellulaire) et par des exotoxines : une cytotoxine qui détruit les cellules et une entérotoxine cholériforme responsable de la diarrhée.
Comment différencie-t-on les espèces de Campylobacter entre elles ?
L'un des moyens clés d'identification des espèces en bactériologie réside dans la culture des souches isolées à différents régimes de température.
À étudier également sur le sujet
- Mécanisme d'action de l'entérotoxine cholériforme des Campylobacter sur les entérocytes.
- Caractéristiques et composition des milieux de culture sélectifs pour l'isolement des microaérophiles.
- Pathogénèse des formes extra-intestinales de l'infection (méningites, endocardites).
- Rôle des plasmides dans l'émergence des mécanismes de résistance aux antibiotiques chez Campylobacter.
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