Sommaire · 12 sections
- 1. Histoire et auteur
- 2. Méthode (4 étapes)
- 3. Structure de la paroi cellulaire
- 4. Bactéries Gram+ — principales
- 5. Bactéries Gram− — principales
- 6. « Non colorables par Gram »
- 7. Application clinique
- 8. Antibiothérapie empirique
- 9. Limites de la méthode
- 10. Erreurs d'examen
- 11. Alternatives modernes et compléments
- 12. FAQ
En bref. La coloration de Gram (1884, Hans Christian Gram) est la méthode de base pour la classification des bactéries : les Gram+ se colorent en violet (une paroi cellulaire épaisse de peptidoglycane retient le complexe cristal violet-iode), les Gram− en rose (peptidoglycane fin + membrane externe avec LPS, le complexe est éliminé par l'alcool, recoloré par la safranine ou la fuchsine). En 3 à 5 min, elle donne une orientation : coques Gram+ — staphylo/strepto/entérocoques ; bacilles Gram− — entérobactéries, pseudomonades ; bacilles Gram+ — clostridies, listérias, bacilles ; coques Gram− — neisseria. Élément critique pour le choix de l'antibiothérapie empirique avant l'obtention de la culture.
1. Histoire et auteur
- Développée en 1884 par le microbiologiste danois Hans Christian Gram.
- À l'origine, pour différencier le pneumocoque de la klebsiellle dans des prélèvements pulmonaires.
- Depuis les années 1920, standard en microbiologie médicale.
- Fondée sur les différences de structure de la paroi cellulaire.
2. Méthode (4 étapes)
| Étape | Réactif | Temps | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1. Coloration primaire | Violet de gentiane / cristal violet | 1 min | Toutes les cellules sont violettes |
| 2. Mordançage | Solution de Lugol (I₂-KI) | 1 min | Formation du complexe cristal violet-iode |
| 3. Décoloration | Éthanol à 96 % ou acétone | 15–30 s | Les Gram− perdent le colorant ; les Gram+ le retiennent |
| 4. Contre-coloration | Safranine ou fuchsine de Pfeiffer | 1 min | Les Gram− sont roses ; les Gram+ restent violettes |
- Entre les étapes — rincer à l'eau distillée.
- Critique : ne pas prolonger l'étape de décoloration → faux négatifs (les Gram+ deviennent roses).
- Prélèvement — natif (suraches, urine, LCR, liquide de plaie) ou issu de colonies sur milieu gélosé.
3. Structure de la paroi cellulaire
Bactéries Gram+
- Couche épaisse de peptidoglycane (20–80 nm).
- Acides téichoïques et lipotéichoïques.
- Absence de membrane externe.
- Le complexe peptidoglycane-iode-violet de gentiane est volumineux, non éliminé par l'alcool.
- Sensibles aux pénicillines, à la vancomycine, au lysozyme.
Bactéries Gram−
- Couche fine de peptidoglycane (2–7 nm).
- Membrane externe avec lipopolysaccharide (LPS, endotoxine) et porines.
- Espace périplasmique entre les deux membranes.
- Lors du traitement par l'alcool, la couche lipidique est dissoute → le complexe est éliminé.
- Résistantes à la vancomycine (ne pénètre pas à travers la membrane externe).
4. Bactéries Gram+ — principales
| Genre | Type | Forme | Pathologies |
|---|---|---|---|
| Staphylococcus | S. aureus | Amas de coques | Pyodermites, sepsis, endocardite, pneumonie |
| Streptococcus | S. pyogenes (BGA) | Chaînes de coques | Angine, scarlatine, érysipèle, glomérulonéphrite aiguë |
| Streptococcus | S. pneumoniae | Diplocoques lancolés | Pneumonie, méningite, otite |
| Enterococcus | E. faecalis | Diplocoques | Infections urinaires, endocardite |
| Bacillus | B. anthracis | Bacilles | Charbon |
| Clostridium | C. difficile, tetani, botulinum, perfringens | Bacilles anaérobies | Colite pseudomembraneuse, tétanos, botulisme, gangrène gazeuse |
| Listeria | L. monocytogenes | Bacilles | Listériose chez la femme enceinte et le nouveau-né |
| Corynebacterium | C. diphtheriae | Bacilles | Diphtérie |
5. Bactéries Gram− — principales
| Genre | Représentants | Pathologies |
|---|---|---|
| Enterobacteriaceae | E. coli, Klebsiella, Enterobacter, Proteus, Serratia | Infections urinaires, sepsis, pneumonie, péritonite |
| Salmonella | S. typhi, S. enteritidis | Fièvre typhoïde, salmonellose |
| Shigella | S. dysenteriae et autres | Shigellose |
| Pseudomonas | P. aeruginosa | Infections nosocomiales, PAVM, plaies de brûlures |
| Acinetobacter | A. baumannii | Nosocomiales, MDR |
| Neisseria | N. meningitidis, N. gonorrhoeae | Méningite, gonorrhée |
| Haemophilus | H. influenzae | Épiglottite, méningite, otite |
| Bordetella | B. pertussis | Coqueluche |
| Campylobacter | C. jejuni | Entérite |
| Helicobacter | H. pylori | Gastrite, ulcère, cancer gastrique |
6. « Ne se colorent pas au Gram »
- Mycobactéries (M. tuberculosis, M. leprae) — paroi cireuse ; coloration de Ziehl-Neelsen (BAAR).
- Mycoplasmes (M. pneumoniae) — pas de paroi cellulaire ; invisibles à la coloration de Gram.
- Spirochètes (T. pallidum, Borrelia) — fins, se colorent mal ; microscopie sur fond noir, imprégnation argentique.
- Chlamydias, rickettsies — parasites intracellulaires.
- Legionella — nécessite une imprégnation argentique ou des milieux spécifiques (BCYE).
7. Application clinique
- Crachats — orientation rapide en cas de pneumonie communautaire et nosocomiale.
- LCR — en urgence pour la méningite : coques Gram+ en diplocoques = pneumocoque ; coques Gram− en diplocoques = méningocoque ; bacilles Gram− = H. influenzae.
- Urine — en cas d'urosepsis ; bacilles Gram− = le plus souvent groupe entérique.
- Sang (à partir des flacons d'hémoculture) — en cas de sepsis.
- Liquide de plaie, pus.
- Frottis urétral/cervical — gonorrhée (diplocoques Gram− intranétrophiliques).
8. Antibiothérapie empirique
- Coques Gram+ dans les crachats en cas de pneumonie communautaire — ceftriaxone ± macrolide ; pneumocoque probable.
- Bacilles Gram− dans les urines — ceftriaxone, fluoroquinolones.
- Diplocoques Gram+ dans le LCR — ceftriaxone + vancomycine (pneumocoque, résistance possible).
- Diplocoques Gram− dans le LCR — ceftriaxone (méningocoque) ; prophylaxie des contacts.
- Flore mixte dans le liquide péritonéal — β-lactamine + anti-anaérobie (métronidazole) ou carbapénème.
- Bacilles Gram+ anaérobies sporulés — suspecter une infection à clostridies.
9. Limites de la méthode
- Sensibilité ~60–80 % (nécessite ≥ 10⁵ cellules par champ pour une évaluation fiable).
- Qualité de l'échantillon : crachats — contrôle selon les critères (< 10 cellules épithéliales et > 25 neutrophiles par champ à ×100).
- Ne distingue pas les cellules viables des cellules mortes.
- Ne donne pas de diagnostic d'espèce (nécessite culture + biochimie + spectrométrie de masse MALDI-TOF).
- Ne remplace pas l'antibiogramme — celui-ci est déterminé uniquement après la mise en culture.
10. Erreurs d'examen
- Surcoloration à l'alcool — faux négatifs (les Gram+ apparaissent comme des Gram−).
- Sous-coloration — faux positifs.
- Cultures vieillissantes — les Gram+ peuvent présenter un aspect gram-variable (lié à l'amincissement de la paroi).
- Frottis excessivement épais — mauvaise décoloration.
- Contamination — nombreux morphotypes.
11. Alternatives modernes et compléments
- Culture avec identification par MALDI-TOF (spectrométrie de masse) — diagnostic d'espèce en 15 min.
- Panneaux PCR (Septi-Fast, FilmArray BCID/GI/RP) — détection rapide des agents pathogènes dans le sang, le LCR, les prélèvements respiratoires.
- Séquoïage de l'ARNr 16S — identification en cas de culture négative.
- Tests antigéniques (pneumococcique, légionellose urinaire).
- La coloration de Gram reste le premier examen de dépistage en raison de sa rapidité et de son faible coût.
12. FAQ
Pourquoi les mycobactéries ne se colorent-elles pas au Gram ?
Leur paroi cellulaire contient des acides mycoliques de haut poids moléculaire et de la cire → la surface hydrophobe ne laisse pas passer les colorants hydrosolubles. On utilise une coloration acido-alcoolo-résistante (Ziehl-Neelsen, auramine fluorochrome).
Qu'appelle-t-on bactéries gram-variables ?
Des bactéries qui donnent des résultats variables selon les conditions : vieilles bactéries Gram+ (amincissement de la paroi), certaines clostridies, listérias. Correspondent généralement à de vrais Gram+.
Pourquoi les bacilles Gram− dans les urines sont-ils le plus souvent E. coli ?
Escherichia coli est un commensal normal du tube digestif et la principale cause d'infections urinaires communautaires (70–80 %). C'est la première hypothèse en présence de bacilles Gram− dans les urines.
Peut-on différencier S. aureus de S. epidermidis par la coloration de Gram ?
Non. Ce sont tous deux des coques Gram+ en grappes. On les différencie par la coagulase (S. aureus +), la catalase (les deux +) et la biochimie.
Pourquoi la vancomycine est-elle inefficace contre les bactéries Gram− ?
La vancomycine est une grosse molécule qui se lie au D-Ala-D-Ala dans le peptidoglycane. Les bactéries Gram− possèdent une membrane externe dotée de petites porines à travers lesquelles la vancomycine ne peut pas pénétrer.
Voir aussi : Antibiotiques · Sepsis · Méningite · Tuberculose · Catalogue de microbiologie