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Psychiatrie

Schizophrénie : symptômes positifs et négatifs, diagnostic et antipsychotiques

Rédaction de WhiteCoat Pro11 avril 2026Mis à jour le 16 septembre 20265 min de lecture
Sommaire · 12 sections
  1. 1. Épidémiologie et étiologie
  2. 2. Symptomatologie
  3. 3. Critères diagnostiques
  4. 4. Diagnostic différentiel
  5. 5. Bilan du premier épisode
  6. 6. Pharmacothérapie
  7. 7. Stratégie thérapeutique
  8. 8. Effets indésirables des antipsychotiques
  9. 9. Syndrome malin des neuroleptiques (SMN)
  10. 10. Traitement non pharmacologique
  11. 11. Pronostic et évolution
  12. 12. FAQ

En bref. La schizophrénie est un trouble psychique chronique caractérisé par des symptômes positifs (délire, hallucinations, désorganisation), négatifs (avolition, alogie, anhédonie, émoussement affectif) et cognitifs. Début entre 15 et 35 ans, prévalence d'environ 1 %. Le diagnostic est clinique (CIM-11, DSM-5) : symptômes présents pendant ≥ 1 mois, avec une durée totale ≥ 6 mois selon le DSM-5. Le traitement repose principalement sur les antipsychotiques (blocage des récepteurs D2) : typiques (halopéridol) et atypiques (olanzapine, rispéridone, aripiprazole) ; en cas de résistance, on utilise la clozapine. Les symptômes négatifs et cognitifs répondent mal à la pharmacothérapie, d'où l'importance de la réhabilitation psychosociale et des TCC.

1. Épidémiologie et étiologie

  • Prévalence d'environ 1 % dans la population, sans différence significative entre les sexes.
  • Début : hommes de 15 à 25 ans, femmes de 25 à 35 ans.
  • Génétique : concordance de 40 à 50 % chez les jumeaux monozygotes, risque de 10 % pour un enfant dont un parent est atteint.
  • Neurobiologie : hypothèse dopaminergique (↑ D2 dans le système mésolimbique → symptômes positifs ; ↓ D1 dans le cortex préfrontal → symptômes négatifs/cognitifs), hypothèse glutamatergique (hypofonctionnement des NMDA), sérotoninergique (5-HT2A).
  • Facteurs environnementaux : infections prénatales, hypoxie néonatale, consommation de cannabis à l'adolescence, urbanisation, migration.

2. Symptomatologie

Symptômes positifs

  • Délire : de persécution, de référence, d'influence, de grandiosité.
  • Hallucinations : le plus souvent auditives (« voix »), plus rarement visuelles ou tactiles.
  • Désorganisation de la pensée : coq-à-l'âne, néologismes, faits et gestes incohérents.
  • Comportement désorganisé ou catatonique.
  • Symptômes de premier rang de K. Schneider : écho de la pensée, voix sous forme de discussion, voix commentatrices, influence corporelle, vol de la pensée, pensées imposées, diffusion de la pensée, perception délirante.

Symptômes négatifs (« les 5 A »)

  • Avolution : diminution de la motivation.
  • Alogie : pauvreté du discours.
  • Anhédonie : incapacité à ressentir du plaisir.
  • Emoussement affectif.
  • Asociabilité.

Symptômes cognitifs

  • Altération de l'attention, de la mémoire de travail et des fonctions exécutives.
  • Ils déterminent le pronostic socioprofessionnel plus que les symptômes positifs.

3. Critères diagnostiques

CIM-11 (6A20)

  • Au moins 2 symptômes parmi : délire, hallucinations, désorganisation de la pensée, expérience de contrôle externe, symptômes négatifs, comportement grossièrement désorganisé, troubles psychomoteurs.
  • Dont au moins un des quatre premiers.
  • Durée ≥ 1 mois.

DSM-5

  • ≥ 2 symptômes (délire, hallucinations, désorganisation du langage, comportement désorganisé/catatonique, symptômes négatifs) présents pendant une phase active de ≥ 1 mois.
  • Durée totale de la perturbation ≥ 6 mois (incluant les phases prodromiques ou résiduelles).
  • Déclin significatif du fonctionnement socioprofessionnel.
  • Exclusion : trouble schizo-affectif, trouble bipolaire, troubles organiques ou induits par une substance.

4. Diagnostic différentiel

PathologieDifférence clé
Trouble schizo-affectifÉpisodes affectifs survenant en même temps que la psychose, la psychose persistant aussi en dehors des épisodes affectifs pendant ≥ 2 semaines.
Trouble bipolaire avec caractéristiques psychotiquesSymptômes psychotiques survenant exclusivement lors d'un épisode affectif.
Trouble dépressif caractérisé avec caractéristiques psychotiquesDélire ou hallucinations congruents à l'humeur.
Trouble délirantIdées délirantes plausibles/systématisées, sans hallucinations ni désorganisation.
Trouble psychotique aigu et polymorpheDébut brutal, durée < 1 mois, récupération complète.
Psychose induite par une substanceCannabis, amphétamines, PCP, kétamine — rémission après l'arrêt.
Psychose organiqueTumeur, épilepsie, accident vasculaire cérébral, lupus érythémateux systémique, encéphalite à anti-récepteurs NMDA, VIH.

5. Bilan du premier épisode

  • Anamnèse complète (y compris antécédents familiaux), consommation de substances.
  • Biologie : NFS, biochimie (glycémie, lipides, fonction hépatique et rénale, TSH), VIH, RPR.
  • IRM cérébrale — exclusion d'une cause organique (tumeur, démyélinisation, encéphalite).
  • EEG en cas de suspicion d'épilepsie.
  • Dépistage toxicologique urinaire.
  • Marqueurs auto-immuns en cas de début précoce et de présentation atypique : anti-NMDAR, anti-thyroperoxydase.

6. Pharmacothérapie

Antipsychotiques de première génération (typiques)

  • Halopéridol, chlorpromazine, trifluopérazine, zuclopenthixol.
  • Blocage D2 puissant → efficaces sur les symptômes positifs, mais forte toxicité extrapyramidale.
  • Les formes retard (halopéridol décanoate, zuclopenthixol décanoate) fonctionnent bien en cas de faible compliance.

Antipsychotiques de deuxième génération (atypiques)

  • Olanzapine, rispéridone, quétiapine, aripiprazole, palipéridone, lurasidone, ziprasidone.
  • Blocage D2 + 5-HT2A → moins d'effets extrapyramidaux, meilleur profil sur les symptômes négatifs.
  • Effets indésirables : syndrome métabolique (olanzapine, quétiapine), hyperprolactinémie (rispéridone, palipéridone), akathisie (aripiprazole).
  • Formes retard d'action prolongée : rispéridone, palipéridone, aripiprazole 1 × par mois.

Clozapine

  • Indiqué en cas de résistance à ≥ 2 antipsychotiques à des doses adéquates et pendant ≥ 6 semaines.
  • Seul médicament associé à une réduction du risque suicidaire.
  • Risque d'agranulocytose (0,8 %) : NFS hebdomadaire les 18 premières semaines, puis mensuelle.
  • Autres effets indésirables : myocardite, thrombo-embolies, hypersalivation, convulsions, occlusion intestinale, syndrome métabolique.

7. Stratégie thérapeutique

  • Premier épisode : monothérapie par antipsychotique atypique, titration jusqu'à la dose minimale efficace.
  • Durée : après un premier épisode — au moins 1 à 2 ans, après des épisodes répétés — ≥ 5 ans ou à vie.
  • En cas d'inefficacité — changement de médicament après 4 à 6 semaines.
  • Les associations d'antipsychotiques ne sont pas recommandées (sauf clozapine + un autre dans les cas graves).
  • Formes retard — en cas de faible compliance, dès le 1er épisode et non en dernier recours.
  • Anticholinergiques (trihexyphénidyle) — uniquement en cas d'effets extrapyramidaux, jamais en prophylaxie.

8. Effets indésirables des antipsychotiques

EffetTypiquesAtypiques
Effets extrapyramidaux (parkinsonisme, dystonie, akathisie)+++++ (sauf rispéridone)
Dyskinésie tardive5 %/an1 %/an
Syndrome malin des neuroleptiques (SMN)++ (plus rare)
Prise de poids, diabète++++ (olanzapine, quétiapine)
Hyperprolactinémie++++++ (rispéridone, palipéridone)
Allongement de l'intervalle QT+ (halopéridol IV)+ (ziprasidone)
Agranulocytoserare (chlorpromazine)clozapine 0,8 %

9. Syndrome malin des neuroleptiques (SMN)

  • Triade : hyperthermie, rigidité musculaire, instabilité végétative.
  • Biologie : ↑↑ CPK, leucocytose, ↑ transaminases, myoglobinurie, insuffisance rénale aiguë.
  • Létalité de 10 à 20 %.
  • Traitement : arrêt de l'antipsychotique, soins intensifs, dantrolène, bromocriptine, amantadine, et sismothérapie (ECT) en cas de résistance.

10. Traitement non pharmacologique

  • TCC pour les psychoses : travail sur les idées délirantes, stratégies d'adaptation face aux hallucinations.
  • Psychoéducation du patient et de la famille — réduction des récidives.
  • Suivi intensif dans la communauté (ACT).
  • Réadaptation professionnelle et sociale, emploi soutenu (supported employment).
  • Remédiation cognitive — entraînement des fonctions cognitives.
  • Sismothérapie (ECT) — en cas de catatonie, résistance, risque suicidaire, ou chez la femme enceinte présentant une psychose grave.

11. Pronostic et évolution

  • Règle des « tiers » : un tiers — bon rétablissement, un tiers — partiel avec récidives, un tiers — évolution chronique sévère.
  • Bons facteurs prédictifs : sexe féminin, début tardif, début aigu, prédominance de symptômes positifs, affect préservé, soutien familial.
  • Risque suicidaire — 5 à 10 % des patients ; plus élevé les premières années et en cas de dépression.
  • Réduction de l'espérance de vie de 15 à 20 ans (MCV, suicides, syndrome métabolique).

12. FAQ

Qu'est-ce que l'ARMS / le risque clinique élevé de psychose ?
« At-risk mental state » — symptômes psychotiques atténués ou de courte durée chez les jeunes. 20 à 30 % convertissent en psychose en 3 ans. Prise en charge : TCC, oméga-3, et en cas de symptômes prononcés — antipsychotique atypique à faible dose.

Quand prescrire la clozapine ?
Après l'échec de ≥ 2 antipsychotiques (dont un atypique) à des doses adéquates pendant ≥ 6 semaines. La clozapine est souvent retardée de plusieurs années — c'est une erreur ; une transition précoce améliore le pronostic.

Est-il possible d'avoir un enfant sous antipsychotiques ?
L'olanzapine et la quétiapine présentent le plus grand recul de sécurité ; une surveillance du diabète gestationnel est nécessaire. L'arrêt augmente le risque de récidive (30 à 50 %). Décision individualisée.

Pourquoi le cannabis est-il dangereux ?
La consommation régulière à l'adolescence ↑ le risque de psychose par 2 à 4, en particulier en cas de prédisposition génétique (COMT Val/Val, AKT1).

En quoi le trouble schizo-affectif diffère-t-il ?
Il existe des périodes de psychose sans symptômes affectifs pendant ≥ 2 semaines, mais le tableau global comporte des épisodes affectifs significatifs. Traitement — antipsychotique + thymorégulateur / antidépresseur.

Voir aussi : Trouble bipolaire · Dépression · Antidépresseurs · Épilepsie · Catalogue de psychiatrie

Ce matériel a un but éducatif et ne remplace pas une consultation médicale. Veuillez vérifier les schémas thérapeutiques et les posologies par rapport aux recommandations cliniques en vigueur.

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